Qui a peur du grand méchant Lourd?

« Rapidement ses « Hé! » se transforment en « Suce-moi la bite! » « Vas-y! 50.- la pipe! ». En guise de réponse, j’accélère le pas tandis que lui continue à me balancer ses horreurs. » Une grande majorité des femmes et même certains hommes ont déjà eu affaire à ce genre de situations qui humilient,  blessent, fauchent en plein vol sa confiance en soi, exaspèrent son sentiment d’insécurité. La Fribune a rencontré les membres de l’association Mille sept sans, qui depuis début 2015, tentent d’agir face au harcèlement de rue, catcalling ou encore slutshaming

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« Le harcèlement de rue n’est pas une nouvelle tendance, c’est le fait de le dénoncer qui est nouveau » nous éclaire Natasha, présidente de l’association. En effet, plusieurs actions ont récemment mis en lumière le phénomène, notamment le projet crocodiles qui illustre des témoignages de victimes et le documentaire controversé de Sophie Peeters, filmant en caméra cachée son quotidien rythmé par les sollicitations répétées des passants dans les rues de Bruxelles.

Le harcèlement de rue, une définition encore imprécise

Il n’existe à ce jour aucune définition légale du harcèlement de rue même si la Belgique tente de lever ce flou juridique. Les statistiques concernant ce phénomène sont dès lors inexistantes et aucune action publique n’a pour l’instant été mise en œuvre.

Comme nous l’explique Loraine, chargée de communication pour l’association Mille sept sans, le harcèlement ne peut être associé à de la drague car le flirt implique le consentement des deux individus. Ainsi, les membres de l’association définissent le harcèlement de rue comme « une sollicitation non désirée d’un individu A à l’encontre d’un individu B. […] sous la forme de gestes, de paroles, de regards, de bruitages gênants, de manière répétée, qui dénigrent ou réduisent les individus à un statut d’objet. […].».

Contrairement aux idées reçues, les victimes ne sont pas uniquement des femmes, même si elles sont la cible privilégiée des harceleurs. La communauté LGBT-Queer est également fortement touchée. Il n’y a pas non plus un type unique d’agresseur et, même si les hommes sont majoritaires, les femmes peuvent également se trouver de ce côté en insultant gratuitement d’autres individus.

Les conséquences de ces actes peuvent paraître banales au premier abord, mais à l’instar des vols à la tir, l’accumulation provoque un sentiment d’insécurité grandissant et l’impression pour les victimes de se sentir salies, diminuées, violées dans leur estime de soi. Ces phrases assassines génèrent une violence sociale et ont un impact direct sur le comportement des victimes potentielles; on baisse la tête dans la rue, on prend un taxi, on ne porte pas cette si jolie robe et on y va mollo sur le rouge à lèvre.

Pourquoi une association contre le harcèlement de rue à Fribourg ?

Actuellement peu d’associations se sont attaquées au problème car il est difficile d’expliquer clairement les raisons du harcèlement de rue. « Pour nous la question n’est pas pourquoi et qui, mais comment ; comment dénoncer, comment réagir, comment éradiquer le phénomène. On veut dire aux gens ça se passe ici dans vos rues, dans notre ville » explique Natasha.

Pour elle, la prise de conscience a eu lieu après une agression qui aurait pu mal tourner. « Je sens encore son crachat me couler le long du dos » exprime-t-elle d’un air écœuré. Finalement, sans conséquences physiques grâce à l’intervention d’un passant, mais avec un réel traumatisme, elle partage son expérience avec ses amis sur Facebook et reçoit un énorme élan de solidarité mettant au jour l’importance du phénomène. En effet, beaucoup de ses amis ont déjà vécu une et même plusieurs situations similaires au cours de leur vie. Pour Natasha et plusieurs proches, il est temps d’agir. Après avoir fait le constat qu’aucune association suisse ou cantonale est spécifiquement dédiée à ce sujet, ils fondent l’association Mille sept sans au début de l’année 2015.

Harcèlement de rue, quelles solutions ?

Mais comment agir concrètement contre une habitude qui semble ancrée dans les mœurs ? Pour les membres de l’association, il est important de sensibiliser et d’informer le grand public. En dénonçant et en mettant un nom sur le harcèlement de rue, on diminue sa normalité, « ce que je vis a un nom et ce n’est pas normal ». Pour ce faire les membres de l’association mettent en place un site internet inauguré en 2015, soutenu par une page Facebook et un compte Instagram.

Le site prodigue des conseils sur la législation en vigueur concernant les différents types d’agressions, donne des renseignements sur le sujet et sur les manières de réagir face au phénomène. L’association cherche à ouvrir le dialogue et laisse même un espace d’expressions aux haters avec une rubrique qui leur est exclusivement consacrée. Mais surtout, leur page web permet aux victimes de témoigner et recense déjà plus d’une douzaine de témoignages, allant de l’insulte à l’agression physique.

« J’arrive à destination, sors du train et commence à courir. L’Homme me court après, m’attrape à la gorge, me plaque contre un mur, sous les regards livides des passants.
J’arrive à m’en dégager et reprends ma course de plus belle. »

Témoignage tiré de Milleseptsans.ch.

Leur action ne se limite toutefois pas uniquement au virtuel et les membres de l’association interviennent régulièrement dans les médias afin de sensibiliser plus largement le public au problème du harcèlement de rue. Plusieurs événements sont également organisés : des stands d’information, un vernissage au Nouveau Monde le 5 novembre à 19h00 et, en projet, une exposition photo en collaboration avec l’organisation LGBT universitaire la LAGO. « Nous sommes ouvertes au dialogue et toute personne voulant partager son opinion est bienvenue lors de nos événements », expliquent les deux jeunes femmes.

Outre le fait de dénoncer le phénomène, le message principal qu’elles aimeraient transmettre est d’agir, agir en tant que victimes mais également et surtout en tant que témoins pour ne pas devenir complice. Il ne faudrait jamais avoir peur de réagir, de faire un scandale ou d’aider. « Ne demandez pas simplement de l’aide, allez chercher les gens si vous êtes victimes et en tant que témoins, de simples gestes, comme venir saluer la personne, même sans la connaître, peuvent sauver une situation houleuse. »

Pour elles, mêmes les harceleurs peuvent agir et espèrent qu’en dénonçant ce phénomène, ils prendront conscience de leur statut de « louuurds », comme l’association les nomment et adopteront un comportement plus respectueux afin d’améliorer la vie en société de la population fribourgeoise.

Pour plus d’informations, leurs interviews dans le Journal du matin sur la RTS et pour La Télé.

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