Lutter contre l’apartheid

Cette semaine a lieu à Lausanne la Semaine contre l’apartheid israélien. Plusieurs conférences sont organisées, à l’Unil et en ville. Ces manifestations s’inscrivent dans un cadre international de luttes contre les discriminations commises par l’Etat israélien envers les Palestiniens.

Les tensions du conflit israélo-palestinien sont nombreuses, et leurs racines anciennes. Un enjeu de lutte fondamental porte sur la question des colonies israéliennes implantées sur le territoire palestinien (délimité après le plan de partage de la Palestine par l’ONU en 1948), et un autre sur le traitement des Palestiniens par l’Etat d’Israël. A la suite de la guerre des Six Jours, en 1967, ce dernier conserve les territoires conquis. Commence alors un processus de colonisation: des enclaves juives se forment sur le territoire palestinien. Les colons israéliens sont dénombrés aujourd’hui à 500’000, répartis dans 150 colonies en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur le Plateau du Golan, lieu stratégique pour le contrôle des ressources en eau. C’est pour lutter contre cette expansion continue que de nombreuses associations ont lancé la Semaine contre l’apartheid israélien, semaine de sensibilisation, de conférences et de manifestations de soutien aux Palestiniens. À Lausanne, Action Palestine et le Groupe Regards Critiques ont organisé cette manifestation.

Le «Mur de la Honte», séparant Israël de la Cisjordanie  – © Dr / http://www.yannarthusbertrand2.org

Une situation d’apartheid
L’analogie avec l’apartheid d’Afrique du Sud est faite par de nombreuses associations de défense des droits des Palestiniens. Elles dénoncent un traitement différencié entre Palestiniens et Israéliens juifs, ainsi qu’une ségrégation géographique. Un mur a été construit depuis 2002 par Israël sur la «ligne verte», c’est-à-dire sur sa frontière avec la Cisjordanie, dessinée avant la Guerre des Six Jours en 1967. Long de près de 700 km, ce mur isole les territoires palestiniens et protège les colonies. Ces dernières sont ceintes de hauts murs et caractérisées par une présence militaire importante. De plus, de nombreuses expropriations ont été commises et continuent d’être commises lors de l’installation de ces colonies, et les Palestiniens ont un accès difficile à de nouvelles constructions. Leur mobilité est en outre fortement restreinte: interdiction leur est faite de sortir des zones occupées. Il existe aussi des inégalités concernant l’exercice de certaines professions, la médecine étant par exemple réservée aux citoyens d’origine israélienne. Enfin, l’accès aux ressources n’est pas le même pour Israéliens et Palestiniens, une majorité de ces derniers vivant dans une situation de grande pauvreté.
En 2005, un an après la condamnation par la Cour pénale internationale de l’implantation de colonies israéliennes sur le territoire palestinien, la société civile palestinienne, par l’intermédiaire de 172 associations locales, appelle au boycott des produits israéliens fabriqués dans les colonies. La campagne BDS est alors lancée. Acronyme de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, elle a pour triple objectif de contraindre pacifiquement Israël à renoncer à la colonisation, à promouvoir l’égalité entre citoyens arabo-palestiniens et Israéliens (à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières de l’Etat), et enfin à accorder aux réfugiés palestiniens le droit au retour en Israël.

Colonie israélienne de Har Homa dans Jérusalem-Est – ©Dr / http://www.daysofpalestine.com

Boycott économique, culturel et académique
L’instrument principal de la campagne est de nature économique. Ne pas acheter un produit d’entreprises implantées sur les territoires occupés peut les obliger à déplacer leurs manufactures. Olivia Zémor, membre d’Europalestine France, et qui a donné une conférence mercredi 25 mars à l’Unil, témoigne du réel impact du boycott de ces entreprises: «La mobilisation civile grandit: les ventes de fruits et légumes, comme celles des dattes, sont en chute, à tel point que la principale société d’exportation israélienne, Agrexco, a fait faillite.» Un autre exemple est celui de l’entreprise Sodastream, produisant des machines gazéifiantes, qui a annoncé en 2014 la fermeture de son usine en Cisjordanie occupée.
Le boycott porte aussi sur les domaines académique et culturel. «Il y a désormais de nombreux artistes, réalisateurs et scientifiques qui refusent de se produire en Israël ou de participer à des colloques internationaux. Parmi eux, le musicien des Pink Floyd Roger Waters, l’acteur Dustin Hoffman, le scientifique Stephen Hawking, le réalisateur britannique Ken Loach, et de nombreux autres.», explique Olivia Zémor. Plusieurs personnalités israéliennes, de même qu’une partie de la société civile israélienne, condamnent aussi la colonisation et la situation d’apartheid, et soutiennent les campagnes BDS. La prise de position de toutes ces personnalités internationales permet une médiatisation des enjeux du conflit israélo-palestinien, dans un contexte où la plupart des actions et campagnes BDS, mêmes les plus spectaculaires, sont occultées par les médias dominants.
La médiatisation grandissante, ainsi que la mobilisation civile de plus en plus importante sur la question de la colonisation, ont également poussé plusieurs entreprises, publiques ou privées, à se désengager de la région et à imposer des sanctions économiques. En 2014, le fonds souverain de Norvège, le plus important au monde, cessait ses investissements dans deux entreprises ayant participé à la construction de colonies. Un fonds de pension néerlandais annonçait l’interruption de sa collaboration avec plusieurs banques israéliennes impliquées dans la colonisation. De même, des entreprises britanniques, américaines ou françaises révélaient cesser leurs investissements en Israël, principalement dans des firmes implantées dans les territoires palestiniens occupés.

Discours et actions politiques
Les réactions politiques sont souvent ambiguës, et la plupart du temps ne condamnent pas explicitement la politique d’expansion d’Israël. «Même lorsqu’ils se prononcent pour la reconnaissance d’un Etat palestinien, la plupart des dirigeants occidentaux reprennent la propagande israélienne (obligation pour Israël de se défendre, lutte antiterroriste) et occultent la réalité de l’apartheid, de l’occupation et de la colonisation.», révèle Olivia Zémor. Admettre cette réalité les obligerait à prendre des sanctions, alors que l’Etat israélien est un important partenaire économique. Des mesures sont toutefois prises: l’Union européenne a mis en place, dans le cadre d’un partenariat économique avec Israël, une législation obligeant la traçabilité des produits par leur code postal, ceux provenant des colonies n’étant pas exempt de droits de douane. Cependant, elle n’a toujours pas imposé un étiquetage distinct entre produits fabriqués sur le territoire israélien reconnu, et ceux provenant des colonies jugées illégales par le droit international.
La condamnation de plus en plus large de la colonisation et les sanctions économiques du boycott international sont telles qu’elles inquiètent les dirigeants israéliens. Ils réclament une interdiction des appels au boycott dans de nombreux pays, et les Etats-Unis et la France ont partiellement cédé à ces demandes en promulguant des restrictions légales pour l’appel au boycott. Et alors que la colonisation se poursuit depuis 1967, ni la droite, ni la gauche, au pouvoir pendant le processus d’Oslo de 1993 à 2000 (période durant laquelle le nombre de colons a doublé), ne semble désireuse d’arrêter cette expansion.

L’action menée mardi midi simulait un check-point israélien – © Dr

Un public sensibilisé
Les campagnes BDS, menées par différentes associations dans de multiples pays, ont permis de faire connaitre les luttes des Palestiniens pour leur indépendance. Grâce à internet et les réseaux sociaux, leurs actions ont été diffusées, qu’elles soient dans la rue ou dans des amphithéâtres pour des conférences. Les Semaines contre l’apartheid israélien s’inscrivent dans ce cadre, et sont organisées simultanément dans de nombreux pays. Ces dernières sont importantes pour une coordination internationale, explique Olivia Zémor: «Elles permettent aux différents mouvements pour la défense des droits des Palestiniens de se coordonner pour mener ensemble des actions de sensibilisation et échanger des idées. Mais il est vrai que beaucoup de ces mouvements ont aussi lieu tout au long de l’année.»
Les conférences et actions organisées cette semaine à Lausanne par Action Palestine et le Groupe Regards Critiques sont essentielles, parce qu’elles rappellent la situation de discriminations graves et d’atteintes aux droits humains que subissent de nombreux Palestiniens. La mobilisation civile internationale prend de l’ampleur et rappelle à l’Etat d’Israël que les colonies sont illégales et que leur expansion sur le territoire palestinien est condamnée par le droit international, comme la Cour pénale internationale et l’ONU.
Mardi midi, les deux associations à l’origine de la Semaine contre l’apartheid ont dressé un check-point sur le pont enjambant la rivière de la Sorge, entre la banane et les bâtiments de l’Anthropole et de l’Internef. Cette simulation d’un check-point israélien aura peut-être fait prendre conscience aux étudiants affamés de ce que la restriction de la mobilité signifie. Se faire ralentir ou arrêter dans sa progression par une autorité qui a déclaré unilatéralement de ce droit, n’est légitime que du point de vue de celui qui exerce ce pouvoir, quand l’autre voit sa liberté réduite implacablement.

 

Elodie Müller

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